The Consolations of Patrick Besson

April 30, 2014 | By Book Department

My French Library is a new space for translators, writers and French aficionados to tell us about books they loved in French, but which have not been translated (yet). Everybody is welcome to participate to this blog. Don't hesitate to send your texts to Laurence Marie at laurence.marie(at)diplomatie.gouv.fr

To be continued, hopefully one day in translation: American publishers, the floor is yours!


Author Georges-Olivier Châteaureynaud once described meeting Patrick Besson at a dinner party to me. “He kept’em coming, one after another. Paf! Paf! Paf!” said Châteaureynaud, resorting to the French onomatopoeia for a slap to the face, so common to comics, to illustrate the experience of being buffeted by Besson’s relentless wit.

I had imagined no less, really. Sometimes reading a Besson novel is much the same: the rat-a-tat-tat ripostes, the unflagging apercus. More than any other author I know, Besson seems to conceive of the novel as a collection of excellent lines: some aphoristic, but most contextualized in character or narrative. He is the master of a certain kind of rhetorical reversal that can turn mere putdown into something suddenly rueful, painful, or profound. In his lesser efforts, his brilliance is thinned by flippancy, or bogged down by undigested research. The need to impress can be deadly in a writer; like so many other kinds of brilliance, that bloom fades swiftly from the rose. But Besson’s best works have a devilish brio, a feverish breathlessness to them, as of a sustained gallop.

Born in 1956 to a Croatian mother and a Russian father, the unpredictable Patrick Besson burst precociously onto the scene with his first novel in 1974. He has since produced, with the same dizzying force that informs his headlong prose, more than forty books, including his Croatian saga Dara (Albin Michel), winner of the 1985 Grand Prix du Roman de l’Académie Française. The Prix Renaudot and the Prix Populiste followed ten years later, for his novel Les Braban (Albin Michel, 1995); around that time, he was dubbed “The Prince of Paradox” for shocking the world by championing Mike Tyson and the Serbians. Communist by upbringing, polemicist by practice, prodigy by talent, and enfant terrible by trade, he once claimed in a Proust questionnaire that the virtue he valued most was “intellectual brutality.”

Les Frères de la Consolation [The Brotherhood of Consolation] is a feast of a novel. Originally published in 1998, later reprinted in Grasset’s prestigious Cahiers rouges collection, this Goncourt-nominated epic takes its title from a secret society of charity and humility in Balzac’s L’Envers de l’histoire contemporaine. It sweeps readers from revolutionary Greece through the glittering Paris of cholera and the barricades all the way to America, across the turbulence of the mid-19th century, trailing headlong the adventures of two Serbian brothers: Miloš the warrior and Srdjan the poet.

Their cousin Milena, married to the Count de la Renardière, loves Miloš. Srdjan loves Milena, and Miloš… is a force of nature. Besson’s cavalcade of notables includes the real, the imagined, and the larger than life, who have since become legend: Sand, Musset, Gay, and Dumas, but also Gavroche and Vidocq. A portrait of society sparkling with deceit, in which every line of dialogue is an enticement or a retort, a quip or a barb, Les Frères de la Consolation presents a world dizzy with vice and glory, whose only grace is transience.

Besson’s vision of history is at once playful and cynical, his style gossipy and ironic. This swift, decisive prose seems at first to render on his people gadfly judgments that, on closer examination, turn out to be telling. A look, a line of dialogue, a physiognomy seized upon and made to provide a key to character by Besson’s knack for turning a phrase and then reprising it: Miloš is his mustache, Srdjan his height, Nerval his melancholy, and Hugo his obsession with money.

Les Frères de la Consolation cannot make any claim to breaking new ground, yet pure pleasure must never be discounted as a motive for literature. The postmodern historical novel, self-consciously offering up history as scintillating spectacle, seems the aptest genre for declaring the lack of anything new under the sun. Nor should doing so be garrulous. Besson brings the speed and ambition of a wised-up Stendhal, the chivalry and appetite of slightly soured Dumas. Several virtues of Calvino—lightness, quickness, exactitude—seem native to Besson’s springheeled style.

These days, I increasingly find my favorite reading experiences leave me asking two closely intertwined questions: “What just happened?” and “Is it already over?” The first, because what I want from art is the bewildering and stupendous immersion of dream, inchoate and inarticulable; the second, because we almost always wake too soon, bereft and wanting more. Here is a novel of, as Jean-Rémi Barland would have it, “princely melancholy.” Ko traži nací će, said Besson, quoting a Serb proverb: whosoever seeks shall find. Perhaps in some small measure, consolation awaits.


The winner of the John Dryden Translation prize, Edward Gauvin has received fellowships and residencies from the NEA, the Fulbright program, PEN America, the Centre National du Livre, the Villa Gillet, and the Lannan Foundation. His translations include Georges-Olivier Châteaureynaud’s selected stories, A Life on Paper  (Small Beer, 2010), winner of the Science Fiction & Fantasy Translation Award, and Jean Ferry's The Conductor and Other Tales (Wakefield, 2013), currently nominated for the French-American Foundation Translation Prize. Other publications have appeared in The New York TimesTin HouseConjunctions, and Subtropics. He is a contributing editor for Francophone comics at Words Without Borders, and a regular columnist on the fantastic for Weird Fiction Review.


Patrick Besson, Les Frères de la consolation, Grasset, 2005

Excerpt : Première partie

I

Le soleil lui fracassait le crâne à lents et lourds coups de massue. La sueur qui coulait sur ses tempes et ses joues était douce, tiède et rapide comme du sang. La chaleur était si forte qu'elle le faisait frissonner. S'il se trouvait là, c'était à cause de Macropoulos, car les Turcs attaquaient de préférence la nuit, peut-être parce que ça leur rappelait la prise de Constantinople, mais d'abord parce qu'à la guerre, au contraire de la paix, on choisit ses heures de travail, et que la nuit il fait frais, c'est plus agréable pour se battre. Les Turcs aimaient leurs aises. Milo ne les haïssait plus : il en avait trop tué. Trente ? Cinquante ? Cent ? Au moins cinquante. En moyenne : un par mois. Il aurait dû faire la liste. Après la guerre, c'est-à-dire hier, il l'aurait déposée, avec un petit bouquet de coquelicots, sur la tombe de sa femme Theodora, violée, égorgée et violée de nouveau par l'émir Ben Kouri le 27 janvier 1825 à Dafnio, dans le sud du Péloponnèse. Il se serait peut-être autorisé un léger sourire et aurait chuchoté : « Voilà, ma chérie, cinquante Turcs tués de ma main. Avant-hier, j'ai eu l'occasion d'en tuer encore un mais je ne l'ai pas fait car je préférais un compte rond, et la paix était signée. » Non, plus de haine, c'était fini. Une vague gêne dans la main droite, oui. « La crampe de l'assassin », lui avait écrit, de Belgrade, son frère Srdjan, qui prétendait avoir un jour assez d'esprit pour être capable de régner sur les salons parisiens de la Restauration.

Ce qu'aimait Macropoulos - « le général Macropoulos », comme l'appelaient les journaux étrangers, alors que dans le campement on lui donnait plutôt du Mikis ou du Mike quand c'était Hamilton qui lui parlait -, c'étaient les belles et franches attaques au milieu du jour, dans la torpeur de la canicule. Il disait que les Turcs étaient furieux qu'on les dérangeât pendant la sieste et que pour bien se battre il ne fallait pas être furieux mais en colère. Au-delà de la colère, on ne voit rien ? et en deçà, on en voit trop. C'était dans Homère. « Hélas pour eux, les Turcs n'ont pas lu Homère », disait le général - qui ne l'avait pas lu non plus, puisqu'il ne savait pas lire, mais se l'était fait raconter - en clignant de son ?il unique. Lui, Macropoulos, n'était pas furieux mais en colère. Du coup, il avait gagné la guerre contre les Turcs, aidé bien sûr de son peuple. « Notre peuple a tout fait, s'empressait-il d'ajouter dans un de ces grands élans de modestie gourmande dont il se régalait volontiers. Ce que j'ai fait, moi ? Pas trop de bêtises. C'est énorme, pour un général. Les bons généraux ne sont jamais que des gens n'ayant pas trop fait de bêtises sur le champ de bataille. Parce que nous, les généraux, quand on fait une bêtise, ça se voit tout de suite. Ce n'est pas comme, par exemple, les peintres. Un mauvais tableau, ça n'a jamais tué personne, alors qu'une mauvaise stratégie militaire, si!...» Il y avait sur terre un seul peuple plus bavard que les Serbes : les Grecs, et il avait fallu que Milos tombât dessus.

Ils occupaient Thèbes, ce qui permettait à l'Anglais d'accumuler les citations de Sophocle. Hamilton parlait beaucoup par citations, avec une préférence pour Byron. Il ne disait pas au revoir mais « Farewell! Farewell! » Voyait-il une femme blonde dans les rues de Nauplie, il chantonnait aussitôt : « Thine eyes' blue tenderness, thy long fair hair... » Et, sur le champ de bataille, avant chaque engagement, même modeste - quatre Turcs isolés, dont un monté sur un mulet, tâchant de rejoindre, à travers les eucalyptus, le gros de leur armée - , il murmurait: « The land of honourable death / Is here : up to the field. » C'était à cause de Byron qu'il avait quitté Londres et rejoint la révolution grecque. Le regrettait-il aujourd'hui? Il y avait des soirs où il faisait une sale tête. Celui, par exemple, où il avait libéré Athènes avec les capitans de Gouras. C'était en 1823, au début de la guerre. Les capitans, après le départ des Turcs, avaient multiplié vols, viols, tortures, exécutions. « Il faut punir les traîtres à la patrie », lui expliquaient-ils en se rebraguettant, les yeux vagues, leurs sourcils froncés se rejoignant au-dessus d'un museau luisant de fatigue et de lubricité. Est-ce que ça les obligeait à violer leurs filles ? demandait Hamilton en levant haut le menton. Alors les capitans lui expliquaient qu'il y avait deux moyens de coucher avec une vierge : l'épouser ou la violer, mais épouser une vierge on ne le faisait qu'une fois, tandis que, dans la vie, grâce à la guerre, on pouvait violer une énorme quantité de vierges jusqu'à la fin de ses jours. Qu'est-ce qu'il avait à répondre à ça? Hamilton se souvenait d'avoir vomi cette nuit-là et d'avoir eu envie de rentrer en Angleterre. Auparavant, il pensait écrire une lettre gratinée à Byron et à son ami Shelley, auteur du fameux « Nous sommes tous grecs ». Puis, il s'était rendu compte que l'agrément des révolutions, c'est qu'on y trouve des gens atroces comme des gens sublimes, et qu'il suffit de choisir de fréquenter les gens sublimes et pas les autres pour passer de bons moments. Du coup, il s'acoquina avec Macriyannis. Celui-ci était tellement honnête que, dans l'armée, tout le monde se demandait s'il était grec, surtout les capitans. Hamilton l'assista dans son rôle de « prévôt », que l'autre prenait au sérieux. Que ne prenait-il pas au sérieux? Quand il découpait un morceau de fromage, il donnait l'impression de rédiger un article de la Constitution du futur État hellène, bien qu'il ne sût pas - pas encore - écrire. Il obligea les capitans à restituer aux Athéniens les biens mobiliers et immobiliers dont ils les avaient spoliés. Il ne put rien faire pour leurs filles, qui avaient perdu à jamais le trésor de leur innocence.

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