Enard, Nerval and Lapaque

May 14, 2014 | By Book Department

This week, in My French Library, translator Charlotte Mandell tells us about four books she loves in French literature.


I would love to translate Mathias Énard’s novella Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, published in France in 2010, just after Zone. The title is taken from a Kipling quote, from his story called “Life’s Handicap”: “Tell them of what thou alone hast seen, then what thou hast heard, and since they be children tell them of battles and kings, horses, devils, elephants, and angels, but omit not to tell them of love and suchlike.”  The novella is about Michelangelo being commissioned to design a bridge spanning the Golden Horn in Constantinople — a project that never came to fruition, but that provides Énard with fertile ground for musings on artistic creation and the nature of failure.  Énard is such an engaging, interesting writer, and the fictional universes he creates are so convincing, that I’m surprised this book hasn’t been published in English yet. I loved translating Énard’s Zone — a 517-page sentence, narrated on a train between Milan and Rome — and I recently completed his newest novel, Street of Thieves, due out soon from Open Letter. 

I’d also like to translate — someday — Gérard de Nerval’s sprawling Voyage en Orient, a work I don’t think has been rendered fully in English yet.  It combines musings on mysticism, the East, alchemy, and literature with Nerval’s unique, ornate literary style.  It would be a challenge to translate convincingly, but I’d love to give it a try.

Mathias Énard has a new graphic novel, Tout sera oublié [All of This Will Be Forgotten], published in France last year.  Énard’s text accompanies Pierre Marquès’ haunting images; the subject is the Yugoslav war, so the book is sort of a condensed Zone, a kind of poetic eulogy to memory and to the evocative power a place like Sarajevo has. Énard’s text resembles prose-poems that play in juxtaposition to the images, not so much describing the images as calling up their own memories, a kind of textual counterpart to the melancholy, emotionally fraught imagery. There is a single image on every page, and every image is accompanied by text below — so it does not have the usual comic book appearance of most graphic novels.

Finally, I just received in the mail a lovely book by Sébastien Lapaque called Théorie de la carte postale, a text in praise of the postcard, full of poetic references and quotes from postcards from the past.  The book itself is postcard-sized and fits perfectly in one hand.


Excerpts

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Enard, Actes Sud, 2013

La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc ; c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et ses mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire. Tu souhaites nous rejoindre. obscurité.


Voyage en Orient, Tome deuxième, Gérard de Nerval

II. — Une visite à l’école française.

J’étais retourné après mon excursion dans la montagne à la pension de madame* Carlès, où j’avais placé la pauvre Zeynab, ne voulant pas l’emmener dans des courses si dangereuses. C’était dans une de ces hautes maisons d’architecture italienne, dont les bâtiments à galerie intérieure encadrent un vaste espace, moitié terrasse, moitié cour, sur lequel flotte l’ombre d’un tendido rayé. L’édifice avait servi autrefois de consulat français, et l’on voyait encore sur les frontons des écussons à fleurs de lis, anciennement dorés. Des orangers et des grenadiers, plantés dans des trous ronds pratiqués entre les dalles de la cour, égayaient un peu ce lieu fermé de toutes parts à la nature extérieure. Un pan de ciel bleu dentelé par les frises, que traversaient de temps à autres[sic] les colombes de la mosquée voisine, tel était le seul horizon des pauvres écolières. J’entendis dès l’entrée le bourdonnement des leçons récitées, et, montant l’escalier du premier étage, je me trouvai dans l’une des galeries qui précédaient les appartements. Là, sur une natte des Indes, les petites filles formaient cercle, accroupies à la manière turque autour d’un divan où siégeait madame* Carlès.


Théorie de la carte postale, Sébastien Lapaque, Actes Sud, 2014

En remontant la rue des Écoles en direction du boulevard Saint-Michel, il avait songé au livre qu’il voulait écrire, une théorie de la carte postale à laquelle il avait rêvé voici bien longtemps et qui depuis quelques mois le réveillait en pleine nuit, il en entendait le tic-tac et la mécanique. Des projets, il en avait d’autres, des projets, il n’avait que cela, des livres qu’il voulait écrire et des livres qu’il n’écrirait jamais, mais, tout secondaire qu’il apparût, peut-être même insignifiant, ou inutile, celui-ci était en train de s’imposer de manière patiente et assurée. De toute façon, qu’est-ce qu’un livre signifiant et qu’est-ce qu’un livre utile ? Tandis qu’il s’attardait à débrouiller cette question sans réponse, une façon pour lui de repousser le moment où il devrait se mettre à sa table de travail, et compter jour après jour les feuillets qu’il noircirait en faisant des croix sur son calendrier, sa “Théorie de la carte postale”, dont il n’avait ni écrit ni murmuré le moindre mot, avait gagné la bataille des livres qui n’existaient pas encore et repoussé vers son tiroir ses travaux en cours, roman, essai, journal, nouvelles.


                                      

Charlotte Mandell is a literary translator who has translated over thirty books, including works by Proust, Flaubert, Genet, Jean-Luc Nancy, and Jonathan Littell.  Her translations of The Book to Come and A Voice from Elsewhere, both by Maurice Blanchot, and of The Flesh of Words, by Jacques Rancière, were finalists for the French-American Foundation Translation Prize.  Her translation of Faux Pas by Maurice Blanchot was awarded the Aldo and Jeanne Scaglione Prize for a Translation of a Scholarly Study of Literature by the Modern Language Association in 2001.  She received an NEA Literature Fellowship in 2010 to translate Zone by Mathias Énard, a 517-page novel written in a single sentence; it was nominated for the 2012 Best Translated Book Award.  Her translations of poetry, essays, and fiction have appeared in The Atlantic Monthly, The London Review of Books, The New York Times, The Wall Street Journal, Newsweek, The Journal of Visual Culture, and The Yale Anthology of Twentieth-Century Poetry, among others. She lives in the Hudson Valley with her husband, the poet Robert Kelly.


My French Library is a new space for translators, writers and French aficionados to tell us about books they loved in French, but which have not been translated (yet). To be continued, hopefully one day in translation: American publishers, the floor is yours!

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