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Andy Hunter – Fondateur de Bookshop

Andy Hunter est le fondateur de la plateforme en ligne Bookshop qui permet aux librairies indépendantes américaines de créer un site de ventes en ligne. Développée au cœur de la pandémie, Bookshop offre une alternative aux géants du commerce en ligne et reverse une partie de ses bénéfices aux librairies indépendantes. Convaincu qu’un algorithme n’a jamais persuadé un lecteur d'acheter un livre, Andy Hunter mise sur le savoir-faire de libraires et l’engagement citoyen des acheteurs.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur les débuts de Bookshop et l’extraordinaire lancement de la plateforme au beau milieu d’une pandémie ?

Nous avons fondé Bookshop avec l’ambition de créer une plateforme universelle permettant aux librairies indépendantes de rivaliser avec Amazon sur les ventes en ligne. Avec un nombre toujours croissant d’acheteurs sur internet, nous devons trouver des solutions créatives qui permettent aux petits commerces indépendants et points de ventes locaux de concurrencer les géants du commerce en ligne. Nous sommes convaincus que les librairies jouent non seulement un rôle fondamental pour la lecture mais aussi pour la vitalité du secteur dans le paysage culturel, et que, pour ces raisons, elles doivent être préservées. L’apparition de la pandémie a juste accéléré des tendances qui étaient déjà en place et, subitement, les ventes en ligne sont devenues capitales. Nous avions la chance d’être prêts à répondre aux besoins de nombreuses librairies qui devaient rapidement se mettre à la page. Nous comptons aujourd’hui 875 librairies sur notre plateforme, qui ont généré 7 millions de dollars de ventes depuis février. On voit ici toute la force des lecteurs armés d’une conscience sociale et qui aiment autant les librairies que nous. Ils font le choix de soutenir des entreprises locales au moment où elles en ont le plus besoin.

En quoi votre modèle diffère-t-il d’autres plateformes d’IndieCommerce, ou des sites des éditeurs et librairies ? Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre collaboration avec les autres acteurs du secteur ?

Nous avons construit une plateforme collective, conçue pour être facile d’accès tant pour les clients que pour les librairies. Beaucoup de magasins ne bénéficient pas des ressources nécessaires pour construire de beaux sites internet et faire fonctionner un e-commerce en plus de leur travail habituel. Nous avons créé un système qui leur permet d’établir un commerce en ligne en moins d’une heure. Les livres sont directement envoyés au client par notre grossiste, Ingram, ce qui veut dire que les librairies n’ont besoin ni d’avoir le livre en stock ni d’expédier elles-mêmes la commande. Nous nous occupons du traitement des commandes et du service clients et elles gagnent 30% du prix d’achat. Ces librairies peuvent installer leur magasin sur Bookshop gratuitement. Nous éliminons donc toutes les difficultés pour devenir un libraire en ligne. 70% de nos ventes se font sur les magasins en ligne des librairies.

Nous avons aussi un programme d’affiliation où les magazines, sites internet, auteurs, organisations littéraires, et particuliers peuvent gagner une commission de 10% sur toutes les ventes qu’ils dirigent vers Bookshop.org. Une somme correspondante de 10% est par ailleurs redistribuée aux librairies qui s’en partagent les bénéfices. Le programme d’affiliation d’Amazon offre une commission de 4,5% aux apporteurs d’affaires, ce qui a poussé de nombreux sites internet à proposer des liens vers Amazon lorsqu’ils mentionnent un livre en ligne. Notre programme d’affiliation proposant maintenant le double de cette somme, personne n’a intérêt à proposer un lien vers Amazon, d’autant que les librairies indépendantes gagnent avec notre plateforme de l’argent sur chaque vente. En juillet, nous avons, grâce à la mise en commun des bénéfices, distribué un million de dollars à des librairies partout aux États-Unis et nous projetons d’en distribuer le double en janvier 2021.

Une critique souvent adressée aux géants de la vente en ligne concerne la hiérarchie de l’information et la façon dont leurs algorithmes favorisent certains acteurs plutôt que d’autres. Avez-vous pris en compte ces critiques dans votre réflexion sur la création de Bookshop ?

Bookshop fonctionne intégralement par recommandation humaine. Je refuse de croire que qui que ce soit ait jamais acheté un livre parce qu’un algorithme lui a dit de le faire. Nous achetons un livre parce qu’une personne ou un média que nous respectons nous en a parlé. Bookshop est une plaque tournante de librairies, d’organisations littéraires, d’auteurs, et autres acteurs du monde littéraire qui défendent les livres qu’ils aiment, et tout ce que le client voit en est le témoin. Tout est choisi par des individus qui ont d’une manière ou d’une autre consacré leur vie aux livres.

Vous avez récemment développé votre activité au Royaume-Uni. Procédez-vous selon le même modèle et planifiez-vous d’autres extensions à l’international dans un avenir proche?

Oui, au Royaume-Uni nous sommes associés avec le distributeur Gardners pour le traitement des commandes, tandis qu’aux États-Unis nous travaillons avec le grossiste Ingram. Mais dans les deux cas, c’est le même modèle : la librairie apporte le client, et le grossiste expédie le livre. Dans notre modèle, les librairies n’ont pas besoin de toucher un livre. Ce qui élimine toutes les difficultés de la vente de livres en ligne pour les libraires et rend cette activité facile, surtout pendant une pandémie où ils ne veulent pas mettre en danger la santé de leur personnel. Bien sûr, il n’y a rien de plus précieux que de rentrer physiquement dans une librairie, de flâner dans les rayonnages, de faire l’expérience sensorielle et tactile des livres, et de parler à un libraire pour recueillir ses recommandations et son éclairage. Ça, on ne pourra jamais le remplacer. Mais il n’y aucune raison pour que ce même libraire doive passer son temps à faire des colis et courir à la poste. Nous pouvons nous occuper de cela, et les laisser faire ce qu’ils font le mieux.

La France n’autorise pas de réductions importantes sur le prix des livres. Cette politique est perçue comme l’outil déterminant qui a permis à un solide réseau de librairies indépendantes de prospérer. Quelle est la position de Bookshop sur les réductions ? Et quel est selon vous son impact sur le secteur aux États-Unis ?

Si seulement nous avions de telles lois contre les ventes à prix cassés ici aux États-Unis ! Les réductions d’Amazon sont si importantes qu’ils perdent de l’argent sur beaucoup de leurs ventes de livres, mais ils gagnent des parts de marché, car personne ne peut égaler ces prix. C’est anti-compétitif et destructeur et ça dévalue les livres. Nous sommes obligés de casser les prix pour être compétitifs avec Amazon, mais nous limitons nos réductions à 8-10% du prix de vente imprimé. C’est un compromis, mais nous trouvons que les clients qui font leurs achats en ligne s’attendent à des réductions, et nous ne voulons pas qu’ils nous quittent pour aller sur Amazon.

Propos recueillis par Anne-Sophie Hermil, chargée de mission, non-fiction, Département du Livre (New York)
Twitter : @FrenchBooksUSA

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Andy Hunter est le Fondateur et PDG de Bookshop. Il est cofondateur et éditeur de Catapult, Counterpoint, et Soft Skull Press, le co-créateur et éditeur des sites Literary Hub, Crime Reads et Book Marks, et cofondateur et directeur de Electric Literature.
Twitter : @AndyHunter777

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