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May Hong HaDuong - Directrice de UCLA Film & Television Archive

Première femme d’origine asiatique nommée récemment directrice de UCLA Film & Television Archive (FTVA), May Hong HaDuong entend mettre à profit sa longue expérience d’archiviste et son expertise cinématographique afin de diriger et digitaliser la plus grande collection universitaire de films au monde.

Vous venez d’être nommée directrice de UCLA Film & Television Archive, quelles sont les principales ambitions que vous nourrissez pour cette institution ?

Grâce au travail phénoménal d’une équipe aussi compétente que passionnée, j’espère mettre en place une infrastructure numérique solide pour le fonds d’archive, diversifier nos collections et nos publics mais aussi développer la façon dont les étudiants, les chercheurs, les différentes communautés et le public interagissent avec les archives de l’image animée. Notre culture et notre société sont nourries de ces images, sur les réseaux sociaux, au cinéma ou à la maison. Ce que l’on choisit d’archiver, et la façon dont on le fait, a un impact fort sur les générations futures. Cette mission implique une grande part de responsabilité. Je me concentre donc à enrichir notre empreinte culturelle afin de mieux répondre aux besoins d’une multitude de citoyens et de communautés.

UCLA Film & Television Archive, qui rassemble les films et les émissions de flux, aide aussi les utilisateurs à explorer ce vaste patrimoine. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet aspect de votre mission ?

Ce fonds d’archives fait partie intégrante de la UCLA Library, l’une des plus grandes bibliothèques universitaires au monde. Sa mission première est la recherche et l’étude de l’image animée. Fort d’innombrables travaux sur le cinéma, la télévision et l’histoire, le Centre d’études et de recherche des archives (ARSC) fait figure d’épicentre pour les publications universitaires. Une pléthore de domaines ont fait l’objet de recherches à UCLA, et les étudiants des différentes filières du campus fréquentent l’ARSC dans le cadre de leur cursus. L’engagement que nous avons pris envers les générations futures via l’ARSC a permis d’accroître de manière significative le champ des études sur l’image animée. Nous tissons également des liens entre l’université et le public grâce à des programmes inspirés des recherches menées à l’ARSC, comme Liberating Hollywood de Maya Montañez Smukler, qui travaille elle-même au centre. Il ne faut pas non plus oublier que nos collections et notre programmation en ligne, dont la portée est internationale, sont des passerelles vers la collection. Après tout, qu’est-ce qu’un fonds d’archives sinon un lieu d’apprentissage, de réflexion et d’histoire ? Ce travail est fondamental pour notre croissance, pour le monde universitaire et pour notre domaine d’études.

Du fait de la détérioration des supports originaux, un nombre important de films de patrimoine sont aujourd’hui en très mauvais état. La restauration et la numérisation des contenus font-elles partie de vos priorités ?

Elles représentent effectivement l’une des missions principales d’un fonds d’archives. Le travail d’une telle institution, s’il est bien fait, est infini. Nous sommes les responsables provisoires des documents audiovisuels que nous préservons, et dont nous espérons qu’ils dureront éternellement. Il ne fait aucun doute que la numérisation et la restauration de l’image animée sont au centre de notre travail. UCLA Film & Television Archive a restauré des milliers de titres, dont des grands classiques hollywoodiens tels que La Dame du vendredi (1940) ou Les Chaussons rouges (1948). Nous sommes fiers de notre expertise technique, comme du soin apporté aux œuvres, qui permet d’offrir au public un accès pérenne à son patrimoine. La numérisation est assurée par une infrastructure numérique solide et des ressources robustes, ce qui facilite également l’accès aux œuvres et leur préservation. L’archivage est conditionné par la préservation, elle-même conditionnée par l’action. Aux archives, les conséquences de notre action, et le cas échéant de de notre inaction, auront des répercussions bien après notre mort. 

Allez-vous continuer à accorder une grande importance au contenu audiovisuel international (en particulier au cinéma français et aux séries françaises) et à la diversité sous toutes ses formes ?

L’image animée, dans toute sa variété, constitue autant de fenêtres ouvertes sur la culture, la diversité des expériences mais aussi sur l’humanité. Au FTVA, nous sommes fiers de travailler avec une multitude de publics et d’œuvres – des programmes télévisés aux actualités locales, en passant par les films expérimentaux et les grosses productions hollywoodiennes. Notre institution, qui s’inscrit dans le riche macrocosme de Los Angeles, est à la disposition des publics du monde entier. Notre mission implique donc de créer des liens avec eux et de leur présenter de films originaires des quatre coins de la planète. Le cinéma français constitue l’une des pierres angulaires de l’histoire de l’image animée, des frères Lumière à Alice Guy-Blaché. Je pense que la richesse et la diversité culturelles des communautés immigrées, en France et aux États-Unis, donnent lieu à des rencontres intéressantes entre ces deux pays, du point de vue de la culture cinématographique et du langage. Il est clair que nous continuerons à montrer ce qui est vital pour tous les amoureux de l’image animée, c’est-à-dire des films qui rendent compte de notre humanité commune. Nous sommes fiers de poursuivre la mise en valeur du cinéma international. Les projections autour du cinéma français sont très bien accueillies, à l’image d’une séance virtuelle récemment consacrée à Sarah Moldoror

Souhaitez-vous profiter de l’engouement actuel vis-à-vis des contenus audiovisuels et de l’explosion du visionnage en streaming pour nourrir l’intérêt des publics envers l’histoire du cinéma et de la télévision ?

Nous vivons une période exceptionnelle, avec l’émergence de nouvelles technologies visuelles et des bouleversements mondiaux liés à une terrible pandémie. Les publics sont en quête de connexion avec autrui, de réflexion, de réconfort et d’évasion. Bien que j’estime que la meilleure façon de faire l’expérience du cinéma est de voir les films en salle, il est clair que nous devons nous développer au-delà du seul grand écran pour toucher des publics plus nombreux et cosmopolites. Le FTVA utilise diverses plateformes – des réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter) au streaming (sur notre site et notre chaîne YouTube) – pour partager les histoires captivantes que recèle notre fonds d’archive. Sur Internet, nous souhaitons proposer des éléments de contexte et des débats afin d’aider les internautes à explorer notre collection et de souligner l’importance du travail d’archivage, de la diversité des points de vue et de la créativité scénaristique. Nous nous efforçons donc de toucher aussi bien nos publics fidélisés que les nouveaux venus, afin qu’ils découvrent et s’approprient ces documents d’archive.  

Propos recueillis par Lucie Carette, attachée audiovisuelle, directrice du Bureau des Industries Culturelles et Créatives de Los Angeles, Ambassade de France aux Etats-Unis.
Twitter: @luciecarette

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May Hong HaDuong a rejoint UCLA Film & Television Archive (FTVA) en février 2021. Elle supervise la plus grande collection universitaire d’images animées et de programmes télévisés au monde (le fonds d’archive fait partie de la bibliothèque de UCLA). Mme Hong HaDuong était auparavant responsable de l’accès à la collection de l’image animée de l’Académie des arts et des sciences du cinéma (AMPAS). Avant cela, elle était cheffe de projet du Outfest UCLA Legacy Project for LGBTQ Moving Image Preservation, une collaboration entre UCLA Film & Television Archive (FTVA) et Outfest, organisateur du Festival du film LGBTQ de Los Angeles. Elle a obtenu sa licence en cinéma et études des médias à Wellesley College en 2000 et son master en archivage de l’image animée à UCLA en 2006.

Traduction: Fast ForWord

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